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jeudi 21 juillet 2011

PARI MUTUEL URBAIN

                                                      Le piège de l'argent et du jeu
Un parieur recevant son ticket
Pour gagner beaucoup d’argent, il faut s’adonner à la loterie. En tous cas les adeptes des courses hippiques y croient. Si c’est une drogue pour certains, pour d’autres cette drogue produits des millions. A la découverte de l’univers pathétique des « pmusards » à la recherche de combinaisons gagnantes.
Il faut de l’argent, et beaucoup d’argent .Les férus de jeu de hasard ne diront pas le contraire. L’agence de PMU (Pari mutuel Urbain) de la Médina est prise d’assaut ce vendredi par les parieurs. Dans la cour, des joueurs se penchent sur leurs programmes de jeu. D’autres suivent les courses en direct à la télévision. Un vieillard, ses deux béquilles posées à ses cotés, somnole devant ses papiers griffonnés . On discute sur les bons et mauvais chevaux de l’autre côté où certains se regroupent par affinité. Un homme, au regard hagard, à la chevelure blanchie, s’isole sous un arbre. Aujourd’hui, c’est le Quarté, il va falloir trouver les quatre premiers chevaux dans l’ordre ou à défaut dans le désordre. Le ticket est à 200frs pour la course désignée par le Sénégal, et 500frs pour les autres courses appelées communément PLR (Pendant la réunion). Avec le PLR, des guichets de jeu et de retrait automatiques sont établis : tout se fait sur place dans la salle qui compte cinq télévisions dont deux allumées. Amadou qui ne connait pas la signification de cet acronyme la résume ainsi : « Tu joues, tu gagnes, on te paie sur le champ ».
"ENTRE HASARD ET CALCUL"

A voir les gens religieusement concentrés sur leurs papiers truffés de chiffres, on a l’impression d’assister à une véritable épreuve de mathématiques. Que vient faire le calcul dans un jeu de hasard ? Moussa, moustaches blanches, joue depuis maintenant deux décennies .Cet agent d’une société de construction relativise sur le penchant chance du jeu. Pour lui, le hasard consisterait à choisir de façon naïve des étalons. « Mais, quand on évalue les qualités des chevaux, ce n’est plus le hasard », tente de convaincre ce quinquagénaire. Avant de s’intéresser à la course, il a commencé par le Loto et le Pari sportif. Il est certainement un amoureux des jeux. « Jai le jeu en moi », lance –t-il. Son premier essai lui a valu son premier gain, il s’est ainsi laissé ferrer par ce plaisir de jouer. Son plus gros revenu s’élève à un million sept cent mille mais prétend avoir gagné plus d’un million à deux reprises. Il ne peut obtenir ces fortes sommes d’argent avec son « minime salaire ». « La famille africaine est large .Par conséquent, le salaire ne peut pas satisfaire les besoins », dit-il au sujet de ses motivations.
L’ambiance dans la cour est remarquable autour du vendeur de thé qui monnaie sa marchandise à 50frs la tasse. « Il me faut un bon leweul pour voir les chevaux » lance un individu. C’est le thé, pour certains, le café pour d’autres. Tous les moyens sont bons pour avoir de l’inspiration. Un groupe de vieillars en pleine conversation tout près discute de la course, chacun avec son programme du jour en main. Ils refusent de répondre à toute question. « Je n’ai pas de temps, je cherche l’argent » argue l'un deux , vêtu d’un vêtement bleu qui donne l’air d’un cheminot. Il ne cesse de faire la navette entre la salle PLR et la cour de l’agence.
Cigarette aux lèvres, c’est sur un air fatigué que notre locuteur qui a requis l’anonymat parle de ses motivations. « Je suis à la retraite et je dois m’occuper de mes enfants » raconte le vieillard au visage plein de rides .Comme Moussa, il explique avoir un revenu loin de la normale. Donc le PMU est, pour lui un moyen de joindre les deux bouts. Il gagne de temps en temps de petites sommes mais ne désespère point.
Dans la salle PLR, les guichets ne tarissent pas de parieurs .Les turfistes se munissent des programmes de couleur jaune .Il y a plus d’une dizaine de courses, toutes diffusées en direct, et réparties en réunion. Les ventilateurs accrochés au plafond atténuent plus ou moins la chaleur ambiante. Ici, on choisit la course à laquelle on veut jouer pour ensuite valider son jeu et attendre le départ. Devant l'un des post-téléviseurs, des parieurs, debout, regardent une course sur laquelle ils ont misé. Désolation à la fin de la course. Ils scrutent leurs tickets, l’air désespéré.Il va falloir attendre la prochaine. « Il ne m’a manqué qu’un seul cheval », lance un jeune, casquette à la tête.

INVITATION AU « MBAXAL »

Ceux qui n’ont pas assez d'argent pour jouer bénéficient du « mbakhal » (cotisation par groupe d’individus).C’est une vraie socialisation qui naît dans ce milieu où les adeptes ont le même objectif : gagner de l’argent. « 11/6 » répète et tonne un individu de faible corpulence, la cinquantaine à peu près. Il fait le tour de la salle en vociférant sur ce couplé. Le principe est de faire jouer les intéressés qui ne peuvent pas payer le ticket à prix normal, ou encore de maximiser leurs chances de gagner. Les gains sont partagés équitablement et en fonction de la mise de chacun.
L’homme du couplé s’approche de nous pour demander si nous sommes intéressés. Il a déjà convaincu quatre personnes. Il reste 100frs pour pouvoir jouer le couplé de 500frs. Nous n’avons pas fini de nous entretenir que la course a commencé. Il va faire vite pour trouver un nouveau couplé pour la prochaine course. « Je le fais pour aider ceux qui n’ont pas les moyens », souligne-t-il. « On ne gagne pas beaucoup avec ces couplés. C’est souvent 300frs chacun » remarque un parieur qui pense que pour gagner gros, il faut miser gros.

« JE JOUE POUR UNE MAISON »

Mais il n’y a pas que des vieillards et des hommes qui jouent. Amy, 41ans, mère d’un enfant et divorcée, a été influencée par ses amies qui tenaient des guichets. Depuis plusieurs années , elle s’y adonne. Visage bicolore dû aux effets de la dépigmentation, elle tient ses prospectus de jeu à la main en essayant de répondre à nos questions. Sur un ton fort, elle articule : « Je joue pour pouvoir acheter une maison. Mon salaire ne me permet pas d’en avoir ». Cette employée du Coud (Centre des Œuvres Universitaires de Dakar) qui ne perçoit que 50.000frs par mois préfère jouer que de s’adonner au vol ou la prostitution. Avec 490.000,frs son plus gros grain, il faut comprendre que l’argent, pour l’achat d’une maison, est loin d’être atteint. Elle ne désenchante pas pour autant. « Je sais que si je continus à jouer, j’aurai un jour des millions. » Elle aussi, comme notre ami du couplé, tient des listings de combinaison qu’elle propose pour un « mbakhal ».
Entre la Religion qui interdit tout jeu de hasard et les gros gains qui peuvent en découler, le choix appartient à celui qui y croit. « Chacun apprécie à sa manière » dit ce turfiste pour qui les problèmes économiques ont pris le dessus sur les dogmes. Peut-être que le dogme est ici le jeu .Un parieur reconnaît le caractère addictif du jeu. « C’est un vice très dangereux, c’est une drogue », lance –t-il. Un autre prétend avoir abandonné le jeu parce qu’il n’y trouve aucun intérêt. « C’est une perte de temps. Je suis un homme de métier et je ne peux allier deux choses à la fois », se justifie-t-ilsous ses lunettes noires. Abandonner quelque chose et se trouver dans le lieu où cela se déroule paraît bizarre même si notre interlocuteur dit travailler non loin de là. El hadj, un parieur s’indigne aussi de cette loterie et lance : « C’est n’importe quoi. La majeure partie des gens présents sont des chômeurs .Ils restent ici du matin au soir ». Il explique être un parieur occasionnel. « Je tente ma chance souvent avec 200frs ou 500frs »dit-t-il.
Entre la chance, les calculs et les probabilités, les turfistes n’ont qu’une obsession : trouver des chevaux dans le bon ordre pour tenter de décrocher la cagnotte .Jusqu’au moment où nous quittons les lieux, aucun gain n’a été enregistré. Les courses se poursuivent avec des compétiteurs toujours à l’affût.

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